Le JÉSUS convenable de l’historien Jean-Christian Petitfils (décembre 2011)
Auteur d’une enquête dérangeante sur Jésus (parue en 2010), il m’est permis d’apprécier la complaisance convenue de certains grands médias autour du dernier livre sur le sujet de Jean-Christian Petitfils. Multi-interviewé à la télévision, à la radio et dans la presse à l’approche de Noël 2011, l’auteur remarqué d’une trentaine d’ouvrages historiques s’emploie manifestement à justifier des passages des Évangiles officiels, tout en précisant que l’historien s’arrête devant le mystère, s'interdisant de pousser plus loin son enquête... Loin des déductions « inconvenantes » de nombreux autres livres parus sur le sujet dans différents pays, ce nouveau Jésus nous ramène ainsi au seuil de la foi… C’est d’ailleurs le droit le plus strict de son auteur, qui avoue en fin de compte être croyant. Autrement dit, juge et partie, ce qui laisse planer un sérieux doute sur l'exhaustivité et l’objectivité de son analyse… Le site Web de France Culture nous dit de ce livre : « …enquête qui allie avantageusement connaissances scientifiques et ouverture sur le mystère de la foi chrétienne »... Voilà de quoi ne pas trop inquiéter l’Église et ses fidèles ni faire bondir les non-croyants, même si ces derniers restent un peu sur leur faim.
On pourra toutefois regretter, à travers ces différentes interviews, l’absence d’approfondissement critique sur un sujet aussi discuté et crucial pour la réflexion et la connaissance. Même Frédéric Lenoir, qui dirige pourtant un magazine des religions et publie à tour de bras sur le sujet, n'a pas manqué d’entacher la foi d’arguments contradictoires, au risque de déplaire à certains. À quand une émission réunissant des spécialistes éminents de tous bords sur Jésus ? À quand une vraie confrontation objective à une heure de grande écoute de différents chercheurs sur le sujet, sans tabou ni complaisance (1) ? Au nom du respect de la religion et de ses dogmes, veut-on continuer à entretenir le public dans l’ignorance des avancées de la recherche non confessionnelle ? Au XXIe siècle, un certain obscurantisme médiatique serait-il encore de mise ? Au secours, Voltaire, Diderot, revenez !
Pierre Desjardins
(1) étant précisé que je ne me compte pas au nombre de ces spécialistes, ayant étayé ma propre enquête de thèses et déductions de plusieurs chercheurs indépendants qui, eux, auraient leur mot à dire ou mériteraient d’être cités.